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Nouveaux accords de licence Microsoft. Ce qu'il faut savoir

En réponse aux plaintes de ses concurrents européens pour pratiques anti compétitives, Microsoft indique que ses nouveaux contrats de licences et conditions d’hébergement cloud seront effectifs au 1er Octobre 2022. Pour la firme de Redmond, il ne fait aucun doute que se rallier à un maximum d’opérateurs cloud européens lui permettrait de mieux contrer ses concurrents, mais au détriment du client final, plus en plus verrouillé.





En mai 2022, après avoir été visé par une plainte d’OVHcloud et Nexcloud pour pratiques anticoncurrentielles, Microsoft s’était engagé à revoir et simplifier ses licences en Europe pour aider les fournisseurs de cloud à héberger ses solutions et ses clients à utiliser leurs licences chez d’autres fournisseurs, de la même manière qu’ils le font dans Azure.

Dans la réalité, Microsoft s’éloigne de plus en plus du paradigme multicloud , en permettant certes, l’utilisation de ses licences à moindre coûts par des clients utilisateurs de cloud européens, mais en faisant payer plus cher les licences de ses logiciels exécutés dans les clouds de ses rivaux (AWS, Google, Alibaba) , appelés « fournisseurs répertoriés » dans sa politique de licence. "Aujourd’hui, il est en effet jusqu’à 80 % moins coûteux d’exécuter des machines virtuelles Windows Server sur Azure et des VM SQL Server sur Azure qu’avec notre principal concurrent, se targue ainsi la présidence de Microsoft.


Ce qui va changer au 1er Octobre?

  • Exécution des charges de travail dans d’autres clouds

Les clients disposant d’une Software Assurance ou des licences d’abonnement pourront utiliser leur propre logiciel sous licence pour créer et exécuter des charges de travail chez le fournisseur de leur choix, à l’exception d'AWS, de Google, et d'Alibaba. Seront aussi impactés les CSPs français et/ou européens ayant bâti leurs solutions de cloud autour des infrastructures AWS, Google et Alibaba (à savoir, tout sous-traitant utilisant un fournisseur figurant sur la liste des CSPs exclus dans le cadre du service de sous-traitance).

Selon le CISPE, cela pourrait empêcher les fournisseurs d'infrastructures Cloud de combiner, par exemple, leurs services avec ceux de fournisseurs répertoriés pour assurer la redondance ou la résilience opérationnelle exigées par certains clients.

Les opérateurs et clients européens (à l’exclusion de ceux utilisant les stacks des concurrents listés par MS) pourront migrer plus facilement de charges de travail Windows Server héritées de serveurs locaux vers leurs serveurs cloud.

  • Virtualisation du poste de travail

Tout utilisateur d’une licence Microsoft 365 (F3, E3 ou E5) pourra virtualiser Windows 10 ou Windows 11 sur ses propres serveurs ou ceux de ses partenaires, sans avoir besoin de licence additionnelle (VDA).

  • Hébergement

Les fournisseurs de services Cloud pourront héberger des produits supplémentaires

tels que Windows 11 et Microsoft 365 Apps for Business/Enterprise, ce qui leur permettra de proposer des offres complètes de postes de travail hébergés, à la fois par le biais de licences BYOL pour les clients et de licences pour les fournisseurs de services.

  • Software Assurance

Microsoft ajoute des droits de "mobilité des licences" à la Software Assurance pour les licences Windows Server, Windows Desktop et Office, ce qui permet de les utiliser sur du matériel partagé ou dédié auprès des fournisseurs de cloud européens.

Les clients pourront également migrer plus facilement leurs contrats de licence on premise vers le cloud, en fonction de leurs contrats de Software Assurance

  • Achat de licence sans référence au matériel

Microsoft introduit la possibilité d'acheter Windows Server uniquement pour la capacité virtuelle requise, sans référence au matériel physique. Reste à savoir si cette option sera disponible dans le monde entier ou seulement en Europe, et si elle ne sera proposée que dans les centres de données tiers?. "Il n'est par ailleurs pas clair si d'autres types de licences seront touchés et quels seront les prix ou les conditions supplémentaires (y compris la certification) de ces nouvelles licences de base virtuelles " indique pour sa part le CISPE

  • Nouveau type de contrat de licence

Microsoft souhaite ajouter une 3ème catégorie de licence dite CSP-Hoster et restreindre l'utilisation des licences SPLA. "Cela ajoute une confusion supplémentaire, accroît la différenciation des coûts de licences pour le même logiciel, et verrouille encore plus les partenaires et leurs clients à Microsoft. Rien ne garantit à ce jour que les clients pourront revendre ou transférer les licences dont ils n'ont plus besoin", selon le CISPE.

  • Prix fixes sur le long terme au niveau européens

Les CSPs européens et leurs clients bénéficieront d'une plus grande stabilité des prix. En supprimant cette volatilité, les CSPs pourront concurrencer les solutions on premise dans un plus grand nombre de domaines.

Le programme Cloud Solution Provider (CSP) évolue lui aussi pour garantir plus de stabilité du prix des solutions. Les partenaires CSPs pourront proposer des abonnements d’un ou trois ans pour plusieurs produits, notamment Windows Server, RDS (bureau à distance) et SQL Server.


Quel impact pour le client final?


Ces annonces de modifications de licences devraient donc d'abord « bénéficier » aux opérateurs de cloud européens et clients en environnement MS, mais pas aux clients s’appuyant sur les infrastructures AWS et Google, ni aux opérateurs proposant du multicloud ou à ceux proposant du cloud sur les stacks concurrents à Microsoft.

Le risque pour l'opérateur et pour le client est d'être encore plus verrouillé autour de la gamme de produits MS. D’abord parce que les règles en matière d'achat de licences augmentent le coût d'exécution de programmes tels que Windows et Office sur les clouds comme Amazon Web Services et Google Cloud Platform. Ensuite, parce qu’en matière de systèmes d’authentification, la firme de Redmond ne s’engage nullement vers des standard ouverts, risquant de faire de l'ombre à Azure Active Directory.

Ce qui a été annoncé hier non seulement ne montre aucun progrès dans la lutte contre le comportement anticoncurrentiel de Microsoft, mais risque d'ajouter de nouvelles dépendances qui verrouillent davantage les clients et excluent arbitrairement les fournisseurs d'infrastructures en nuage. Francisco Mingorance, Secrétaire général, CISPE.

Entre payer moins cher sur un Cloud Azur, ou payer moins cher les solutions Microsoft chez un cloudeur européen, qui le lui soit pas concurrent: les options sont en effet restreintes.

En fait, il semblerait que dans un marché de plus en plus concurrentiel, mais où les marges de différentiation sont assez faibles, Microsoft a fait le choix de ne plus vouloir se battre pour le moindre euro de cloud. Le CSP préfère s'assurer que les clients utilisent autant de ses produits et services que possible, et ce, quelle que soit la plate-forme européenne sous-jacente, tant qu’il ne s’agit pas de ses plus grands rivaux !

Autre explication, le CSP a compris qu’avoir les différents fournisseurs européens cloud à ses côtés lui donnera plus de poids dans la lutte contre son principal rival. Dans l'un ou l'autre des cas, Il est n'est pas sûr que les cloudeurs européens sortent gagnant de cette stratégie.


Voir la réaction complète et l'analyse du CISPE[1] [1] Association a but non lucratif pour les CSPs qui plaide en faveur d'une politique européenne de marchés publics privilégiant le cloud computing et s’engage en faveur d'un marché unique numérique européen, notamment en promouvant des règles/normes de haut niveau en matière de sécurité et de protection des données et en évitant le verrouillage des fournisseurs Cloud.




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